{"id":4085,"date":"2021-01-21T13:28:21","date_gmt":"2021-01-21T13:28:21","guid":{"rendered":"https:\/\/tatataaaaa.com\/newklima\/?post_type=portrait&#038;p=4085"},"modified":"2023-01-10T11:29:31","modified_gmt":"2023-01-10T11:29:31","slug":"aline-penitot","status":"publish","type":"portrait","link":"https:\/\/tatataaaaa.com\/newklima\/portrait\/aline-penitot\/","title":{"rendered":"Aline P\u00e9nitot"},"content":{"rendered":"\n<p>Nous avons rencontr\u00e9 Aline P\u00e9nitot \u00e0 Belle-\u00eele, un matin du mois d&rsquo;ao\u00fbt. Nous avons \u00e9chang\u00e9 ensemble pendant deux heures, l\u2019interview \u00e9tait tr\u00e8s belle, pleine d\u2019\u00e9motions, fines, subtiles et difficiles \u00e0 retranscrire ensuite par \u00e9crit. Nous avons abord\u00e9 sa recherche artistique, sa qu\u00eate sonore pour essayer de comprendre le monde, sa fascination pour l\u2019oc\u00e9an, le grand large, le chant des baleines, la puissance des vagues, l\u2019immersion et la dissolution dans les paysages, le sentiment oc\u00e9anique, la mort, la vie sensible et tout ce qui se transmet sans les mots. En voici quelques extraits\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>Interview r\u00e9alis\u00e9e le 29 ao\u00fbt 2020, \u00e0 Belle-\u00eele par Klima (Sophie et Marie).<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator\"\/>\n\n\n\n<div style=\"height:100px\" aria-hidden=\"true\" class=\"wp-block-spacer\"><\/div>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">D\u00e9construire les clich\u00e9s li\u00e9s \u00e0 la mer<\/h2>\n\n\n\n<p><strong>Klima&nbsp;:<\/strong> Bonjour Aline, peux-tu te pr\u00e9senter en quelques mots&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p><strong>AP&nbsp;:<\/strong> Je suis documentariste pour la radio et compositrice de musique \u00e9lectroacoustique. Je passe beaucoup de temps en mer o\u00f9 j&rsquo;ai beaucoup navigu\u00e9.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Klima&nbsp;:<\/strong> Une humeur du jour&nbsp;?&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><strong>AP&nbsp;:<\/strong> Temp\u00e9tueuse.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Klima <\/strong>: Nous avons quelques questions sur ton rapport \u00e0 la mer. O\u00f9 as-tu grandi Aline&nbsp;?&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><strong>AP&nbsp;:<\/strong> J&rsquo;ai grandi en Bourgogne, donc tr\u00e8s, tr\u00e8s loin de l&rsquo;oc\u00e9an.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Klima&nbsp;:<\/strong> Quels sont tes premiers souvenirs du contact avec la mer, avec les profondeurs, le rivage&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p><strong>AP&nbsp;:<\/strong> Je me demande si ce n\u2019est pas d&rsquo;abord par la musique. Parce qu\u2019en Bourgogne, l\u00e0 o\u00f9 j\u2019ai grandi, il n&rsquo;y a pas la mer. Par contre, Debussy a compos\u00e9 <em>La Mer<\/em> pas tr\u00e8s loin. Et j\u2019aimais beaucoup Debussy, d\u00e9j\u00e0 tr\u00e8s petite. Alors je me demande si ce n\u2019est pas des \u00e9lans qui viennent plus de contacts artistiques que de contacts physiques avec la mer. En-tout-cas, cela a toujours \u00e9t\u00e9 entrem\u00eal\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Klima&nbsp;:<\/strong> A quel rivage es-tu attach\u00e9e ou te sens-tu reli\u00e9e&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p><strong>AP&nbsp;:<\/strong> Le Finist\u00e8re sud, et plus pr\u00e9cis\u00e9ment le sud du Finist\u00e8re sud, la R\u00e9union avec l&rsquo;oc\u00e9an Indien et \u00e0 jamais l&rsquo;Arctique. \u00c7a fait beaucoup de rivages\u2026<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Klima&nbsp;:<\/strong> Quelle est ta formation et comment en es-tu venue \u00e0 faire ce que tu fais aujourd\u2019hui&nbsp;?&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><strong>AP&nbsp;:<\/strong> Alors j&rsquo;ai plusieurs formations. Ma premi\u00e8re formation, \u00e7a a \u00e9t\u00e9 d&rsquo;\u00eatre mono de voile pour encadrer des colos l&rsquo;\u00e9t\u00e9 pendant que je faisais mes \u00e9tudes. Puis j\u2019ai un troisi\u00e8me cycle en science politique li\u00e9 \u00e0 la direction de projets culturels et une ma\u00eetrise de gestion des entreprises culturelles. Ensuite, j&rsquo;ai bifurqu\u00e9 pour retourner au conservatoire (j&rsquo;ai \u00e9t\u00e9 fl\u00fbtiste pendant tr\u00e8s longtemps et puis j&rsquo;ai abandonn\u00e9 l\u2019instrument) et je suis retourn\u00e9e au conservatoire pour travailler la composition \u00e9lectroacoustique, j\u2019y ai pass\u00e9 trois ans avec quelqu&rsquo;un qui est la seule personne que je consid\u00e8re \u00eatre un ma\u00eetre&nbsp;: Christine Groult. Donc, les formations sont entrem\u00eal\u00e9es.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Klima&nbsp;:<\/strong> Alors comment te d\u00e9finis-tu aujourd\u2019hui, comme compositrice et documentariste&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p><strong>AP&nbsp;:<\/strong> Compositrice est un terme compliqu\u00e9 \u00e0 incarner. Je le revendique d&rsquo;autant plus puisque je fais de la composition \u00e9lectroacoustique qui n&rsquo;utilise ni l&rsquo;instrument, ni les notes, mais l&rsquo;\u00e9coute des sons concrets. Les sons concrets, ce sont ceux que l\u2019on fabrique nous-m\u00eames \u00e0 partir d&rsquo;objets qui font du bruit. Ils deviennent des objets musicaux. Il y a donc toute une d\u00e9marche li\u00e9e aux ph\u00e9nom\u00e8nes sonores, qui est tr\u00e8s ph\u00e9nom\u00e9nologique. Et puis, \u00e0 un moment, on a sorti les micros dehors et on a \u00e9cout\u00e9 la nature comme un objet de musique en tant que tel\u2026 Les oiseaux, les baleines, mais aussi le vent, les voitures qui passent, les industries, ou encore un train, qui ont un potentiel musical. Donc, \u00e7a, c\u2019est vraiment ma d\u00e9marche de fond.\u00a0<\/p>\n\n\n\n<p>Et puis quand je fais un projet, il se trouve que je me documente beaucoup. Donc c\u2019est devenu du documentaire. Ma d\u00e9marche de fond est plus li\u00e9e \u00e0 l\u2019artistique, le musical, le non-dit. La diff\u00e9rence, elle est tr\u00e8s importante, car une musique n&rsquo;a pas forc\u00e9ment de narration, elle repose sur les sentiments, l\u2019\u00e9motion. Un documentaire, c&rsquo;est une d\u00e9marche \u00e9crite avec du langage, les choses sont signifi\u00e9es dans le langage. Alors que la musique ne signifie rien d\u2019autre qu\u2019elle-m\u00eame, et c&rsquo;est vraiment tr\u00e8s diff\u00e9rent.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Klima&nbsp;:<\/strong> Quel rapport \u00e0 la mer cherches-tu \u00e0 transmettre \u00e0 travers ton travail&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p><strong>AP&nbsp;:<\/strong> Je suis beaucoup all\u00e9e en mer quand j&rsquo;\u00e9tais adolescente, puis jeune adulte. J\u2019avais une grande envie de naviguer. Et sur les pontons ou \u00e0 l&rsquo;\u00e9cole de voile des Gl\u00e9nans par exemple, on \u00e9tait souvent l\u00e0 pour faire la cuisine et pas forc\u00e9ment pour \u00eatre skippers. Il fallait beaucoup, beaucoup, beaucoup batailler pour avoir une place sur un bateau\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>J\u2019y ai aussi vu toute une image de la mer, des oc\u00e9ans, de ceux qui y travaillent, de toute l&rsquo;iconographie ou des r\u00e9cits transmis, que je trouvais tellement pauvres par rapport \u00e0 ce que l&rsquo;on y vit vraiment. \u00c7a racontait toujours des combats par rapport \u00e0 des \u00e9l\u00e9ments ultra durs, et des lieux \u00e0 conqu\u00e9rir. Moi, j&rsquo;ai quand m\u00eame travers\u00e9 deux fois l&rsquo;Atlantique. J&rsquo;ai travers\u00e9 le p\u00f4le Nord magn\u00e9tique \u00e0 la voile et on est tr\u00e8s peu de gens, et tr\u00e8s peu de femmes, \u00e0 avoir fait \u00e7a. Et je l&rsquo;ai fait parce que je me suis arrach\u00e9e de la Bretagne. <strong>Je me suis arrach\u00e9e de cette iconographie, de ces repr\u00e9sentations, pour essayer d&rsquo;aller trouver d&rsquo;autres choses qui relient au paysage. Car l&rsquo;engagement dans la mer \u00e9tait pour moi entrav\u00e9 par l\u2019id\u00e9e que c&rsquo;\u00e9tait forc\u00e9ment quelque chose de rude \u00e0 vivre.<\/strong> Mais c\u2019est bien s\u00fbr, aussi g\u00e9n\u00e9rationnel, c\u2019\u00e9tait li\u00e9 \u00e0 des m\u00e9tiers de marin qui pouvaient mourir en mer. \u00c7a vaut aussi pour les esp\u00e8ces animales et ces deux si\u00e8cles de massacres dont on nous parle, par exemple.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Alors maintenant, j\u2019essaye vraiment de trouver une autre mani\u00e8re de vivre et ressentir l&rsquo;oc\u00e9an, \u00e9mancip\u00e9e de tout cela. Il y a une foule de nuances \u00e0 vivre, \u00e0 ressentir et \u00e0 raconter sur les oc\u00e9ans. Et les femmes ont plein de choses \u00e0 dire sur ces questions-l\u00e0.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Klima&nbsp;:<\/strong> Qu\u2019est-ce qui te pousse \u00e0 choisir tes sujets&nbsp;? Comment est-ce que tu tisses autour de tes premi\u00e8res id\u00e9es&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p><strong>AP&nbsp;:<\/strong> <strong>Il y a une id\u00e9e, quelque chose au d\u00e9part. Mais en fait, je pense que \u00e7a commence \u00e0 fonctionner quand tout ce que j&rsquo;avais trac\u00e9 au d\u00e9part est compl\u00e8tement foutu en l\u2019air&nbsp;! Quand j&rsquo;ai suffisamment avanc\u00e9 dans ce que j&rsquo;\u00e9tais en train de chercher pour en \u00eatre retourn\u00e9e. <\/strong>Maintenant, je le sais quasiment d\u00e8s les cinq premi\u00e8res minutes, quand je rencontre un personnage pour un documentaire par exemple, ou quand je commence des prises de son pour la musique concr\u00e8te. C\u2019est-\u00e0-dire que la personne et moi, on a suffisamment de complicit\u00e9 ou d&rsquo;alt\u00e9rit\u00e9 pour qu&rsquo;\u00e0 un moment donn\u00e9, on puisse aller plus loin et parler des profondeurs.<\/p>\n\n\n\n<p>Par exemple, j\u2019ai une anecdote, j\u2019ai travaill\u00e9 sur un projet pour France Culture qui s&rsquo;appelle Les Pacotilleuses, et qui est li\u00e9 aux femmes qui passent d&rsquo;\u00eele en \u00eele dans les Antilles pour trimballer de la marchandise. Et je connais bien les Antilles, j\u2019y suis all\u00e9e plusieurs fois et j&rsquo;ai lu beaucoup d&rsquo;auteurs cr\u00e9oles. Mais on pourrait aussi dire que je ne connais rien des Antilles, c&rsquo;est tout aussi vrai. Quand on commence \u00e0 mettre un doigt quelque part, plus on en apprend moins on en conna\u00eet. Et je m&rsquo;\u00e9tais dit, pour aller tendre le micro, \u00e7a va \u00eatre tr\u00e8s compliqu\u00e9, il est possible que tout ce que je sais soit faux.<\/p>\n\n\n\n<p>Donc, pour ce projet, je suis d\u2019abord partie au S\u00e9n\u00e9gal. Je me suis arr\u00eat\u00e9e sur une \u00eele o\u00f9 des femmes vendent de la marchandise dans la rue. J&rsquo;ai pass\u00e9 beaucoup de temps avec elles, notamment une famille avec une matriarche. Et la matriarche que j&rsquo;ai rencontr\u00e9e dans la rue me raconte tout un tas de choses et \u00e0 un moment elle me dit \u00ab\u00a0Moi, je suis tr\u00e8s fi\u00e8re d\u2019avoir l&rsquo;eau et l&rsquo;\u00e9lectricit\u00e9 dans ma maison\u00a0\u00bb. Et puis on continue \u00e0 travailler avec ses filles et \u00e0 se retrouver pour manger un petit bout de poisson grill\u00e9 ensemble. Et puis elle m&rsquo;invite chez elle. Mais en fait, il n&rsquo;y avait ni l&rsquo;eau ni l\u2019\u00e9lectricit\u00e9. Alors le lendemain, je lui demande&nbsp;: \u00ab\u00a0Quand je t\u2019interviewais l\u2019autre jour au micro, tu m&rsquo;as racont\u00e9 quelque chose qui n\u2019est pas vrai et moi, je t\u2019ai crue\u00a0\u00bb. <strong>Et elle m\u2019a r\u00e9pondu \u00ab\u00a0Tu n\u2019as rien compris, je ne t\u2019ai pas racont\u00e9 ce qui \u00e9tait vrai, je t\u2019ai racont\u00e9 ce que tu \u00e9tais capable d\u2019entendre en arrivant\u00a0\u00bb. \u00c7a m&rsquo;a boulevers\u00e9e, cette phrase est l\u2019une des le\u00e7ons que j&rsquo;ai prise de la vie. Tout mon processus, je dirais c\u2019est d\u2019apprendre \u00e0 entendre, et \u00e7a vaut pour tous les projets.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>\u00c9changer, dialoguer, chanter avec les baleines<\/strong>&#8230;<\/h2>\n\n\n\n<p><strong>Klima&nbsp;:<\/strong> Pourquoi as-tu voulu dialoguer, rentrer en conversation avec les baleines&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p><strong>AP&nbsp;:<\/strong> La plupart des baleines viennent pr\u00e8s du bateau quand on est en mer, donc au d\u00e9part, je n&rsquo;ai pas vraiment cherch\u00e9 \u00e0 rencontrer des baleines. J&rsquo;ai plut\u00f4t cherch\u00e9 \u00e0 faire de la voile, \u00e0 naviguer beaucoup et longtemps. Si l&rsquo;on compte en temps cumul\u00e9, j&rsquo;ai pass\u00e9 plusieurs ann\u00e9es en mer, presque trois ou quatre. Et il y a toujours des c\u00e9tac\u00e9s qui viennent proche du bateau, il se passe alors quelque chose de tr\u00e8s beau et chaque rencontre est tr\u00e8s singuli\u00e8re. <strong>Donc je n&rsquo;ai pas cherch\u00e9 \u00e0 dialoguer avec les baleines, ce sont les baleines qui sont venues \u00e0 moi et \u00e0 tous les gens qui partent en mer.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Par exemple un souvenir qui pourrait illustrer ces rencontres sur un bateau&nbsp;: un soir o\u00f9 il n\u2019y avait pas de vent, et \u00e7a faisait plusieurs jours qu&rsquo;on subissait, ne pas \u00eatre en mouvement, ne pas avoir d\u2019\u00e9lan. Moi, j&rsquo;\u00e9tais en quart de nuit et j&rsquo;\u00e9tais seule dehors, j\u2019en avais marre. Et l\u00e0, il y a un dauphin qui est rest\u00e9 avec moi pendant trois heures. Le dauphin se met l\u00e0 o\u00f9 on est sur le bateau, il reste \u00e0 niveau, enfin avec moi en l&rsquo;occurrence. Et autant j&rsquo;en apprends maintenant des salaces sur les dauphins, parce que c&rsquo;est pas du tout l&rsquo;esp\u00e8ce gentille et sympathique comme l&rsquo;histoire de Flipper le Dauphin. Autant l\u00e0, il y a un individu dauphin qui a \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s sympathique et qui m&rsquo;a scann\u00e9e et colonis\u00e9 pendant 3 heures. <strong>Et il y a quelque chose de l&rsquo;ordre du ressenti qui se passe \u00e0 ce moment-l\u00e0, qui est probablement un sens qu\u2019on a, qui n\u2019est pas trop d\u00e9velopp\u00e9, et qui fait qu&rsquo;il y a une relation tr\u00e8s intense qui peut se cr\u00e9er.<\/strong> Apr\u00e8s cette rencontre nocturne, je suis ressortie remont\u00e9e comme un coucou pour toute la fin de la travers\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Klima&nbsp;:<\/strong> Tu crois que \u00e7a t&rsquo;a recharg\u00e9e&nbsp;?&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><strong>AP&nbsp;:<\/strong> Oui, je peux parler des \u00e9motions et de la r\u00e9alit\u00e9 de ces \u00e9motions pour moi. Il y a une alt\u00e9rit\u00e9 tr\u00e8s profonde qui s&rsquo;est jou\u00e9e l\u00e0. Mais comme toute personne qui a rencontr\u00e9 des c\u00e9tac\u00e9s, on essaye de trouver des mots pour raconter cette relation et on p\u00eache tous\u2026\u00a0<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Les baleines m&rsquo;int\u00e9ressaient dans le renversement des repr\u00e9sentations sur l\u2019oc\u00e9an. <\/strong>Contrairement \u00e0 ce que dit Hermann Melville, elles n&rsquo;attaquent pas les humains, c\u2019est arriv\u00e9 une fois, en 1930. C&rsquo;\u00e9tait une baleine blanche qui s&rsquo;appelait Moby Dick et \u00e7a a donn\u00e9 ce grand roman qui est tr\u00e8s beau et magnifique. Mais c&rsquo;est tr\u00e8s plombant dans les repr\u00e9sentations d&rsquo;avoir quelque chose d&rsquo;aussi important, un colosse comme \u00e7a dans la litt\u00e9rature, mais qui est faux, c\u2019est-\u00e0-dire les baleines n&rsquo;attaquent pas les humains.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Klima&nbsp;:<\/strong> Cela me fait penser \u00e0 Baptiste Morizot, qui a tent\u00e9 de rentrer en dialogue avec les loups, en imitant leurs hurlements. Les loups lui r\u00e9pondaient, m\u00eame s&rsquo;ils savaient certainement que c\u2019\u00e9tait un humain, ils jouaient quand m\u00eame le jeu pour se r\u00e9pondre l\u2019un l\u2019autre. Ta recherche avec les baleines pourrait \u00eatre une analogie en mer de cette m\u00eame qu\u00eate.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>AP&nbsp;:<\/strong> Notre mani\u00e8re d&rsquo;\u00eatre \u00e0 l\u2019autre, avec un \u00e9norme A, c&rsquo;est-\u00e0-dire en incluant les non-humains pour aller vers les questionnements sur le vivant, ces questions sont abyssales. Il y a un nombre de questions qu\u2019a ouvertes Morizot et d&rsquo;autres avant lui, qui sont magnifiques. Le renversement des rapports de domination de l&rsquo;homme sur la nature doit \u00eatre fait tr\u00e8s vite. C&rsquo;est-\u00e0-dire que tout notre rapport au vivant est li\u00e9 au fait que l&rsquo;on ait enseign\u00e9, pens\u00e9, r\u00e9fl\u00e9chi, incarn\u00e9, ing\u00e9r\u00e9, le fait que nous sommes intelligents et que nous avons le pouvoir sur la nature. Or, ce n\u2019est pas certain que l\u2019on est plus intelligent qu&rsquo;une baleine, ou plus fut\u00e9 qu\u2019un ours. Simplement, on a utilis\u00e9 des outils et fabriqu\u00e9 une sorte de nature augment\u00e9e. On a int\u00e9gr\u00e9 le fait que l\u2019on domine le monde, et on est en train d&rsquo;en mourir. Ce qui n\u2019est pas tr\u00e8s grave, par ailleurs. Si les gens meurent, si l&rsquo;humanit\u00e9 s&rsquo;en va, c&rsquo;est quoi le probl\u00e8me&nbsp;? \u00c0 vrai dire, moi, je ne suis pas croyante, si l&rsquo;humanit\u00e9 s&rsquo;en va de cette plan\u00e8te, je ne trouve pas \u00e7a grave.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Klima&nbsp;:<\/strong> Peux-tu nous parler de ta collaboration avec les scientifiques dans cette recherche de dialogue avec les baleines&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p><strong>AP&nbsp;:<\/strong> Je travaille de mani\u00e8re maintenant \u00e9troite avec trois scientifiques&nbsp;: Olivier Adam, qui est bio-acousticien, Fabienne Delfour, qui est \u00e9thologue, sp\u00e9cialiste des c\u00e9tac\u00e9s et des comportements des c\u00e9tac\u00e9s et des animaux en mer en g\u00e9n\u00e9ral, notamment sur la question de l&rsquo;intelligence du rapport entre les humains et les animaux, qui a \u00e9crit un bouquin magnifique qui s&rsquo;appelle <em>Est ce qu&rsquo;on demande aux dindes ce qu&rsquo;elles pensent de No\u00ebl&nbsp;? E<\/em>t Nadia S\u00e9n\u00e9chal qui est \u00e0 l&rsquo;universit\u00e9 de Bordeaux et qui travaille sur la mesure des vagues en p\u00e9riode de temp\u00eate, et la r\u00e9ponse de la plage.<\/p>\n\n\n\n<p>En science, ce qui est tr\u00e8s important, c&rsquo;est cette chose appel\u00e9e \u00ab&nbsp;le protocole&nbsp;\u00bb. C\u2019est-\u00e0-dire que les scientifiques agissent avec un protocole, ainsi, la mani\u00e8re d&rsquo;acqu\u00e9rir des connaissances, de la donn\u00e9e, est r\u00e9p\u00e9t\u00e9e et calibr\u00e9e dans un protocole. Moi, quand Olivier Adam et ses coll\u00e8gues font du playback avec les baleines, \u00e7a me met en col\u00e8re, parce qu&rsquo;il n&rsquo;y a pas de questions d&rsquo;alt\u00e9rit\u00e9, par exemple. Mais ils ont besoin de \u00e7a pour un certain nombre de choses et c\u2019est beaucoup plus long, que ce que je fais de mani\u00e8re \u00ab&nbsp;punk et trash&nbsp;\u00bb, c&rsquo;est-\u00e0-dire jouer, avoir un dialogue et avoir une \u00e9coute de ce qu\u2019il se passe sous l&rsquo;eau. Je ne fais pas de protocole et \u00e7a ne peut pas \u00eatre r\u00e9p\u00e9t\u00e9.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Klima&nbsp;:<\/strong> Par exemple, quand tu as jou\u00e9 le son de cet op\u00e9ra sous l\u2019eau pour la baleine, ce n&rsquo;\u00e9tait qu&rsquo;une fois cette nuit-l\u00e0&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p><strong>AP&nbsp;:<\/strong> Avant d\u2019en arriver l\u00e0, il s&rsquo;est pass\u00e9 mille et une choses. Par exemple, la premi\u00e8re fois que j&rsquo;ai compris que ce dispositif pouvait fonctionner, j&rsquo;\u00e9tais \u00e0 La R\u00e9union, Olivier Adam \u00e9tait \u00e0 Madagascar. \u00c0 la premi\u00e8re, deuxi\u00e8me, troisi\u00e8me sortie, quand il s&rsquo;est pass\u00e9 quelque chose en mer avec les baleines, je lui ai \u00e9crit en disant,  \u00ab&nbsp;C&rsquo;est dingue, elles sont vraiment en train de changer le leitmotiv, la structure de la phrase&nbsp;\u00bb. Et il m&rsquo;a envoy\u00e9 un mail direct en disant \u00ab&nbsp;Rep\u00e8re l\u00e0 o\u00f9 elles jouent et r\u00e9p\u00e8te&nbsp;\u00bb. Et je lui ai r\u00e9pondu \u00ab&nbsp;\u00c7a, c&rsquo;est ton boulot, moi, je vais faire autre chose&nbsp;\u00bb. Et donc, du coup, l&rsquo;acquisition de connaissances qu&rsquo;on peut faire en tant qu&rsquo;artiste n&rsquo;a rien \u00e0 voir avec ce que peuvent faire les scientifiques, m\u00eame si je me base sur l\u2019\u00e9tat de la connaissance scientifique qu\u2019on a et les derni\u00e8res publications.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Je n&rsquo;ai pas de fonction particuli\u00e8re, je fais quelque chose qui s&rsquo;appelle de la musique, dans l\u2019eau, avec des chanteuses, c&rsquo;est tout en fait. La musique n&rsquo;est pas un langage narratif, c\u2019est un langage \u00e9motionnel. Donc, effectivement, on \u00e9change de l&rsquo;\u00e9motion.<\/strong> C&rsquo;est aussi pour \u00e7a que je fais la diff\u00e9rence entre l&rsquo;\u00e9criture musicale et l&rsquo;\u00e9criture documentaire.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Klima&nbsp;:<\/strong> Peux-tu nous raconter ces moments d\u2019interactions et d\u2019\u00e9changes avec les baleines&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p><strong>AP&nbsp;:<\/strong> En fait les interactions avec les baleines, elles ont dur\u00e9 en moyenne 40-45 minutes, mais pendant 40-45 minutes il se passe beaucoup de choses. Je pars avec une interface o\u00f9 j&rsquo;ai un nombre de sons assez grand, class\u00e9 en typologie, morphologie et qui sont donc issus du travail qu&rsquo;on a fait au basson que j&rsquo;ai enregistr\u00e9, d\u00e9cortiqu\u00e9 et toute une banque de sons qui s&rsquo;appelle \u00ab&nbsp;Pulse&nbsp;\u00bb, qui sont des sons puls\u00e9s, des ronronnements.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Par exemple, le ronronnement des chats, qui est une esp\u00e8ce domestiqu\u00e9e, a adapt\u00e9 le ronronnement au plaisir humain. Donc, en fait, le chat ronronne pour nous faire plaisir. C\u2019est vraiment quelque chose que l&rsquo;on ressent. La vibration quand on caresse le chat, mais aussi le son, qui est un son de fond de cordes vocales. En chant, aux \u00c9tats-Unis, on parle d&rsquo;une <em>Vocal Fry<\/em>. Les baleines pour des raisons anatomiques font \u00e7a tr\u00e8s, tr\u00e8s bien.<\/p>\n\n\n\n<p>Et l\u00e0, j\u2019ai commenc\u00e9 par faire un son pour lui signifier que j\u2019arrivais, certainement tr\u00e8s maladroitement. Quand elle produisait un son, je faisais le m\u00eame, la m\u00eame unit\u00e9 sonore. Et puis parfois, j&rsquo;oubliais de jouer pour voir ce qu&rsquo;elle faisait. Et quand elle changeait de son, je changeais aussi. Donc, pour moi, on se signifiait chacune qu\u2019on s\u2019\u00e9coutait.\u00a0<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Puis \u00e0 un moment, je d\u00e9cide de poser ma cervelle, comme lorsque que l\u2019on joue une partition et que l\u2019on ne voit m\u00eame plus les notes, quand cela se passe directement entre ce qui est \u00e9crit et l\u2019instrument. L\u00e0, c&rsquo;est un peu \u00e7a. Puis, la baleine nous emm\u00e8ne vers un son puls\u00e9, un ronronnement. Et elle ne joue plus que ce son, ce ronronnement. Et nous, \u00e0 ce moment-l\u00e0, sur le bateau, on est effondr\u00e9, \u00e7a nous touche tellement\u2026 Ce son, c\u2019est immense, c\u2019est tellement bouleversant.&nbsp;<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Et quand on a beaucoup ronronn\u00e9 ensemble, au bout d&rsquo;un moment, j&rsquo;ai eu envie de la laisser repartir dans son oc\u00e9an. Et pour la remercier, m\u00eame si je ne sais pas si elles se disent merci entre elles les baleines, j\u2019avais envie qu&rsquo;elles entendent quelque chose de tr\u00e8s beau venant des humains, et pas juste une imitation un peu maladroite de ce qu&rsquo;elles font elles. <strong>Alors j&rsquo;ai choisi ce chant, a cappella, un chant pa\u00efen du tout d\u00e9but de l&rsquo;\u00e9criture musicale. Et l\u00e0, on l\u2019a jou\u00e9 trois fois, elles ont ronronn\u00e9 jusqu\u2019au bout et \u00e7a a \u00e9t\u00e9 compl\u00e8tement fou\u2026 <\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Voil\u00e0, ce qui s&rsquo;est pass\u00e9 pour le moment avec les baleines. Mais on va d\u00e9velopper \u00e7a parce que c&rsquo;est un d\u00e9but, on voudrait aller beaucoup plus loin que \u00e7a.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Klima&nbsp;:<\/strong> C&rsquo;est beau&#8230;<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Klima&nbsp;:<\/strong> Quels sont les \u00e9changes entre ce que tu exp\u00e9rimentes et les recherches des scientifiques&nbsp;? Est-ce que cela nourrit la recherche entre vos champs disciplinaires&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p><strong>AP&nbsp;:<\/strong> Alors en fait, moi, j&rsquo;ai vraiment une d\u00e9marche \u00e9lectroacoustique. Donc ce qui m&rsquo;int\u00e9resse, c&rsquo;est la question ph\u00e9nom\u00e9nologique, typologique, morphologique \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur des sons, pour nous permettre d&rsquo;\u00e9couter de plus en plus en profondeur. Et il se trouve qu\u2019Olivier a diss\u00e9qu\u00e9 des baleines \u00e9chou\u00e9es et a beaucoup travaill\u00e9 sur le g\u00e9n\u00e9rateur, il commence \u00e0 comprendre la mani\u00e8re dont le syst\u00e8me laryng\u00e9 des baleines fonctionne, et comment elles g\u00e9n\u00e8rent du son. <strong>Et c&rsquo;\u00e9tait \u00e0 un moment o\u00f9 j&rsquo;avais fait une d\u00e9couverte \u00e0 l&rsquo;oreille, justement en travaillant sur des questions typologiques, morphologiques, qui \u00e9tait une ressemblance tr\u00e8s, tr\u00e8s grande entre les chants de baleines et le basson. De sorte qu&rsquo;en fait, ni Olivier, ni moi, ni les bassoniste, ne savaient reconna\u00eetre si c&rsquo;\u00e9tait le son de la baleine ou du basson une fois que les deux sons \u00e9taient entrem\u00eal\u00e9s. \u00c7a, c&rsquo;est vraiment la d\u00e9couverte de d\u00e9part.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Puis, un an et demi apr\u00e8s, je retourne voir Olivier et il me dit \u00ab&nbsp;Je suis en train d&rsquo;\u00e9crire un article sur l&rsquo;anatomie du g\u00e9n\u00e9rateur, je vais te faire un dessin pour voir ce que \u00e7a veut dire pour toi, ce qu&rsquo;on est en train de d\u00e9couvrir&nbsp;\u00bb. Il avait une demi-heure entre ses deux cours \u00e0 Jussieu, et il me fait un dessin rapide. Et je lui dis,  \u00ab&nbsp;c&rsquo;est fou ce que tu me racontes, parce que c&rsquo;est quoi la distance du syst\u00e8me laryng\u00e9 l\u00e0&nbsp;?&nbsp;\u00bb. Et il me dit \u00ab&nbsp;c\u2019est 1 m\u00e8tre 50&nbsp;\u00bb, et je lui r\u00e9ponds \u00ab&nbsp;oui, c&rsquo;est la taille du basson, avec les deux perces \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur, et il y a deux cartilages qui vibrent et \u00e7a c&rsquo;est l&rsquo;anche double du basson&nbsp;\u00bb. Et puis maintenant, on travaille aussi sur la question des multi-phoniques, et la question de l\u2019intention. Donc on avance comme \u00e7a, toujours ensemble, on est en questionnement ensemble.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>Se dissoudre dans le paysage &#8211; ressentir le sentiment oc\u00e9anique<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p><strong>Klima&nbsp;:<\/strong> Nous avons quelques questions li\u00e9es au sentiment oc\u00e9anique sentiment sur lequel tu as d\u00e9j\u00e0 travaill\u00e9 dans tes s\u00e9ries documentaires. Nous aimons beaucoup la recherche du philosophe australien Glenn Albrecht, qui travaille sur nos liens \u00e0 la nature, il a cherch\u00e9 \u00e0 traduire certaines \u00e9motions en inventant de nouveaux mots. Il a notamment invent\u00e9 le mot en d\u2019&nbsp;\u00ab&nbsp;end\u00e9mophilie&nbsp;\u00bb, l&rsquo;amour port\u00e9 \u00e0 des paysages end\u00e9miques, une mer, un horizon ou un sommet de montagne, ou le mot \u00ab&nbsp;uteria&nbsp;\u00bb qui d\u00e9signe ces instants pr\u00e9cieux ressentis lorsque nous sommes immerg\u00e9s ou aval\u00e9s par un paysage. Tu t\u2019es int\u00e9ress\u00e9e \u00e0 la particularit\u00e9 du sentiment oc\u00e9anique \u00e0 travers tes projets, notamment \u00e0 celui li\u00e9 \u00e0 la barre d\u2019Etel avec le violoncelliste Vincent Courtois, peux-tu nous en parler et d\u00e9finir ce sentiment&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p><strong>AP&nbsp;:<\/strong> En fait, je voudrais rebondir sur le mot \u00ab&nbsp;aval\u00e9&nbsp;\u00bb, parce que c\u2019est tout ce qu&rsquo;on a imput\u00e9 \u00e0 la baleine, via le mythe du proph\u00e8te Jonas (c\u2019est l&rsquo;un des rares proph\u00e8tes qui a fait partie des trois grandes religions.), donc Jonas \u00e9tait en mer, sous une temp\u00eate de dingue, il se retrouve \u00e0 l\u2019eau et une baleine l&rsquo;avale. Il reste alors plusieurs jours en gestation dans le ventre de la baleine puis il resurgit. Donc, pour moi, la baleine est compl\u00e8tement li\u00e9e \u00e0 la question du sentiment oc\u00e9anique. Et pour moi, le sentiment oc\u00e9anique, je pense que j&rsquo;y suis depuis que j\u2019ai un an et que j&rsquo;allais l\u00e9cher du sel sur l&rsquo;eau de la mer en Corse en allant gambader vers le rivage. Et donc, j&rsquo;ai toujours eu \u00e7a en questionnement.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>En fait, c\u2019est une copine qui m\u2019a parl\u00e9 de \u00e7a il y a 5 ans, on \u00e9tait en train de faire un road trip en van en Galice et on a pass\u00e9 trois semaines \u00e0 ne parler que de l\u2019oc\u00e9an. Cette amie, c\u2019est Laurie Peschier-Pimont, qui est chor\u00e9graphe et qui conclut la s\u00e9rie documentaire. <strong>Et pour moi, le sentiment oc\u00e9anique \u00e7a m&rsquo;est tomb\u00e9 dessus violemment, sans crier gare. C&rsquo;est quelque chose que l&rsquo;on ressent ou que l\u2019on ne ressent pas, il y a des gens qui n&rsquo;ont pas ce lien et qui vivent d&rsquo;autres choses avec la nature. Et pour moi, qui viens d&rsquo;une culture anti-cl\u00e9ricale, m\u00e9cr\u00e9ante, etc., c\u2019est quelque chose dont les gens parlent peu. C&rsquo;est-\u00e0-dire, on part voir un paysage, il y a un moment de contemplation, et puis on rentre et finalement, on parle d&rsquo;autre chose.<\/strong>\u00a0<\/p>\n\n\n\n<p>Pendant une travers\u00e9e en mer, il y a quelque chose de l&rsquo;ordre psychique qui s&rsquo;est ouvert et qui a \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s clair. On avan\u00e7ait jusqu&rsquo;aux Antilles, le temps \u00e9tait cl\u00e9ment et j\u2019\u00e9tais bien. Et il y a une nuit o\u00f9 j&rsquo;ai r\u00eav\u00e9 que je le volais, j\u2019\u00e9tais devenu un oiseau et j&rsquo;\u00e9tais vraiment en train de voler. Je me r\u00e9veille, j&rsquo;\u00e9tais contente, j\u2019avais vol\u00e9 toute la nuit, c\u2019\u00e9tait tr\u00e8s apaisant. On \u00e9tait sur le bateau dans un syst\u00e8me de trois quarts, donc \u00e7a veut dire qu&rsquo;on avait un moment o\u00f9 on pouvait dormir, un moment o\u00f9 on pouvait \u00eatre \u00e9veill\u00e9 et un moment o\u00f9 on \u00e9tait \u00e0 la man\u0153uvre en tant que responsable du bateau. <strong>Et le lendemain de ce r\u00eave, je me suis adoss\u00e9e au m\u00e2t pour regarder un peu l&rsquo;oc\u00e9an et j&rsquo;allais possiblement m&rsquo;endormir dehors. Et l\u00e0, j&rsquo;ai compris que j&rsquo;avais int\u00e9gr\u00e9 dans mon corps tous les mouvements possibles du bateau par rapport aux vagues, \u00e0 la houle et au vent, avant m\u00eame que cela n&rsquo;arrive. J&rsquo;avais tout d\u2019un coup une conscience tr\u00e8s pr\u00e9cise de l\u00e0 o\u00f9 j&rsquo;\u00e9tais sur l&rsquo;oc\u00e9an. <\/strong>Et il faut se rappeler que c&rsquo;\u00e9tait \u00e0 une \u00e9poque o\u00f9 on avait des GPS qui n\u2019\u00e9taient pas du tout d\u00e9velopp\u00e9s comme maintenant, donc c&rsquo;\u00e9tait assez flou. Mais l\u00e0, j&rsquo;avais vraiment conscience de o\u00f9 j&rsquo;\u00e9tais dans le mouvement de l&rsquo;oc\u00e9an et de o\u00f9 j&rsquo;\u00e9tais dans la rotation de la terre, assez dingue. Puis, mon corps s&rsquo;est d\u00e9tach\u00e9 du bateau, je n&rsquo;avais rien pris, hein, j\u2019avais juste bu du th\u00e9 et mang\u00e9 des bananes. Du coup, il y a eu un moment de dissolution et l\u00e0, j\u2019avais juste 20 ans et j\u2019ai commenc\u00e9 \u00e0 me poser plein de questions li\u00e9es \u00e0 cette exp\u00e9rience-l\u00e0 que je n\u2019arrivais pas vraiment \u00e0 comprendre, ni \u00e0 expliquer, ce sentiment de dissolution dans un paysage.<\/p>\n\n\n\n<p>Et c\u2019est en faisant la s\u00e9rie sur le sentiment oc\u00e9anique pour France Culture que j\u2019ai choisi d\u2019en reparler avec des gens, avec un gros travail sur le choix des personnes, pour choisir des personnes qui ont une relation tr\u00e8s forte aux paysages et qui savent en parler. M\u00eame si ce n\u2019est vraiment pas facile \u00e0 verbaliser, c\u2019est comme passer de l&rsquo;autre c\u00f4t\u00e9. Alors pour les apn\u00e9istes, c&rsquo;est \u00e9vident, ou les femmes que j&rsquo;ai choisies pour parler du grand large, c&rsquo;\u00e9tait \u00e9vident aussi. Et puis il fallait qu\u2019ils puissent aussi parler de la mort, parce que c&rsquo;est un ressenti qui est tr\u00e8s, tr\u00e8s proche de la mort&nbsp;: exp\u00e9rimenter la dissolution, c&rsquo;est-\u00e0-dire que l\u2019on n\u2019est plus en soi, on est ailleurs\u2026<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Klima&nbsp;:<\/strong> Mon p\u00e8re a fait \u00e9norm\u00e9ment de plong\u00e9e, j\u2019ai grandi avec tout cet univers et pourtant, il ne m\u2019en a jamais vraiment parl\u00e9. Mais je pense que c&rsquo;est un sentiment qui peut aussi se transmettre sans parole. Je sentais qu&rsquo;il avait un amour pour les profondeurs des mers qui \u00e9tait beaucoup plus grand que pour nous, et qu\u2019\u00e0 choisir, c&rsquo;\u00e9tait certain, il aurait choisi de plonger dans les fonds. Il avait une fascination tellement grande. Il se sentait chez lui dans le tr\u00e8s, tr\u00e8s profond. Mais \u00e7a, il ne m\u2019en a jamais parl\u00e9, \u00e7a ne se transmet pas en paroles, \u00e7a se transmet sur d&rsquo;autres niveaux de perception, certainement. \u00c7a me fait penser \u00e0 ce que tu d\u00e9cris\u2026 Mais revenons-en \u00e0 \u00c9tel et au sentiment oc\u00e9anique alors&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p><strong>AP&nbsp;: \u00c9tel concentre beaucoup de choses de l&rsquo;ordre du sentiment oc\u00e9anique dans un certain nombre d&rsquo;\u00e9tapes psychiques. C&rsquo;est-\u00e0-dire qu\u2019il y a \u00e0 la fois le rapport au danger, \u00e0 la mort, \u00e0 la puissance, parce qu&rsquo;il y a la barre qui, historiquement, a aval\u00e9 des hommes et des bateaux et a fait des morts. Et c\u2019est un endroit \u00e9nerg\u00e9tique tr\u00e8s, tr\u00e8s fort, avec un point de vue depuis le s\u00e9maphore qui est fascinant en tant que paysage. Et par contraste, la plus grande douceur, le grand calme presque ut\u00e9rin de la rivi\u00e8re qui est derri\u00e8re. <\/strong>Cela permet aux personnes qui habitent cet endroit d\u2019avoir l&rsquo;exp\u00e9rience au quotidien de ce paradoxe entre le grand danger, la grande puissance et la grande douceur, le refuge quasi ut\u00e9rin.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est en r\u00e9fl\u00e9chissant avec Vincent Courtois sur un projet sur l\u2019oc\u00e9an qu\u2019il m\u2019a parl\u00e9 d\u2019\u00c9tel, de ce paysage et des gens qui y habitent. Donc on part voir les gens, on va voir la rivi\u00e8re, la ria d\u2019\u00c9tel et l&rsquo;oc\u00e9an. Et Vincent me racontait son histoire intime avec la barre d\u2019\u00c9tel et le moment o\u00f9 il a r\u00e9ussi \u00e0 passer la barre et de ce que \u00e7a a chang\u00e9 dans sa vie. Il me racontait \u00ab&nbsp;son&nbsp;\u00bb sentiment oc\u00e9anique par rapport \u00e0 sa vie, \u00e0 la mani\u00e8re dont il entrait en musique, son engagement, et son amour des gens.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>D\u2019ailleurs, je suis partie plusieurs fois interviewer des gens \u00e0 \u00c9tel et on est tomb\u00e9 sur des perles. <strong>Le premier que j&rsquo;ai interview\u00e9, j\u2019\u00e9tais encore en rep\u00e9rage et je ne l&rsquo;ai pas eu au micro. C&rsquo;est un kayakiste qui vient faire du kayak sur la barre d\u2019\u00c9tel, donc c\u2019est tr\u00e8s dangereux. On parle, on parle et je relance le sujet sur sa fa\u00e7on d\u2019\u00eatre en mer, et il me dit exactement ce que tu viens de d\u00e9crire \u00e0 propos de ton p\u00e8re. Il dit \u00ab&nbsp;quand je surfe la vague, je hurle&nbsp;! C\u2019est loin et personne ne m&rsquo;entend hurler de plaisir. Il ne faut pas le dire \u00e0 ma femme parce que c&rsquo;est plus fort que quand on fait l&rsquo;amour ensemble&nbsp;\u00bb. C&rsquo;est \u00e7a que j&rsquo;avais envie que les gens racontent, avec leur maladresse, leur pudeur, et c&rsquo;est le plus beau en fait, voil\u00e0, c&rsquo;est tout. D&rsquo;ailleurs dans la s\u00e9rie radiophonique, il y a un garde du littoral qui dit  \u00ab&nbsp;Le paysage, c\u2019est un membre de ma famille&nbsp;\u00bb.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Klima&nbsp;:<\/strong> Oui, cela rejoint effectivement ce qui nous int\u00e9resse dans ton approche, parce que tu proposes un autre rapport \u00e0 la mer, une autre fa\u00e7on de rentrer en contact avec ce qui est diff\u00e9rent de soi, notamment dans le choix de tes personnages qui ont tous d\u00e9velopp\u00e9 des perceptions et des relations sp\u00e9cifiques avec le paysage, les \u00e9l\u00e9ments qui les entourent.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>AP&nbsp;:<\/strong> En composition et en documentaire, je travaille aussi la question de la subversion. Comment, \u00e0 partir de quelque chose qui est partag\u00e9 commun\u00e9ment, on peut le questionner, le renverser et en voir la force&nbsp;? Par exemple, sur le sentiment oc\u00e9anique en faire quatre heures de radio o\u00f9 on \u00e9coute plus d&rsquo;une vingtaine de personnes nous en parler, c\u2019est aussi renverser l\u2019id\u00e9e qu&rsquo;on soit seul face \u00e0 ce sentiment. Tout d&rsquo;un coup, on va collectivement, \u00e0 plusieurs centaines de milliers d\u2019auditeurs et d\u2019auditrices, partager le fait qu&rsquo;il y a des gens, et donc aussi soi, qui peuvent se retrouver devant un paysage, et \u00eatre dissolus dans le paysage et le grand Tout. Donc ce n&rsquo;est plus seulement ma mani\u00e8re d\u2019en parler qui compte, qui peut \u00eatre tr\u00e8s personnelle, mais plut\u00f4t de partager plusieurs mani\u00e8res de se relier aux paysages.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Klima&nbsp;:<\/strong> Et pourquoi tout \u00e0 l\u2019heure, tu as reli\u00e9 le sentiment oc\u00e9anique \u00e0 la mort&nbsp;? Tu as l&rsquo;impression qu&rsquo;il faut qu&rsquo;on tue une certaine partie de la perception que l&rsquo;on a habituellement pour pouvoir percevoir ce sentiment oc\u00e9anique&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p><strong>AP&nbsp;:<\/strong> En fait, la mort, c&rsquo;est une \u00e9nigme, il n&rsquo;y a pas de r\u00e9ponse. Moi, mon exp\u00e9rience, \u00e7a a aussi \u00e9t\u00e9 d&rsquo;aller loin en mer et de voir des moments o\u00f9 je n&rsquo;\u00e9tais pas sure de rentrer, par rapport aux temp\u00eates, par rapport \u00e0 la puissance des \u00e9l\u00e9ments, par rapport \u00e0 tout un tas de choses. Et apr\u00e8s, comment je rentre avec \u00e7a \u00e0 terre&nbsp;? Jusqu&rsquo;o\u00f9 on va aller dans notre rapport au paysage&nbsp;? Le paysage n\u2019est pas fait pour nous, il est globalement hostile. M\u00eame si, en France, en Europe, en milieu temp\u00e9r\u00e9, on ne va pas forc\u00e9ment mourir en allant dehors ou en passant une nuit dehors, m\u00eame en plein hiver. Alors qu\u2019en fait, c\u2019est tr\u00e8s rare sur la plan\u00e8te d\u2019avoir des endroits o\u00f9 l\u2019on n\u2019est pas en milieu hostile dehors, il n\u2019y en a pas beaucoup. Il faut qu&rsquo;on soit ensemble en soci\u00e9t\u00e9 pour arriver \u00e0 vivre dedans, et \u00e7a, pour moi, c&rsquo;est ce qui nous permet de vivre. Et la mort, elle est l\u00e0 dans la nature et il faut faire avec.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Klima&nbsp;:<\/strong> Alors quelques derni\u00e8res questions plus courtes. En temps difficile quel serait ton territoire ou ton lieu refuge&nbsp;?&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><strong>AP&nbsp;:<\/strong> <strong>En fait, maintenant les paysages, ils sont l\u00e0 o\u00f9 que je sois<\/strong>, donc du coup, \u00e7a va. Parfois, il y a un peu trop de monde, trop d&rsquo;infos, trop de bruit, trop de trucs et il suffit juste d&rsquo;\u00eatre au calme dehors et \u00e7a va mieux. Et pendant le confinement, je pense qu&rsquo;on a tous \u00e0 un moment dans les premi\u00e8res semaines, voulu se rappeler les paysages o\u00f9 on a \u00e9t\u00e9, il y a des souvenirs comme \u00e7a qui sont revenus. Alors maintenant, en fait \u00e7a va, je me balade avec mon refuge.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Klima&nbsp;:<\/strong> Oui, je ressens \u00e7a moi aussi. Et pour revenir \u00e0 ce que tu disais de la mort li\u00e9e au sentiment oc\u00e9anique, moi, je ne le ressens pas de la m\u00eame fa\u00e7on, mais je sens par contre, que lorsque parfois, j&rsquo;ai envie de mourir, c\u2019est ce lien aux paysages qui peut me faire tenir, ce lien aux paysages naturels que l\u2019on peut ressentir partout.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><strong>AP&nbsp;:<\/strong> Oui, c&rsquo;est le paradoxe, la vie et la mort, elles fonctionnent ensemble. Il n&rsquo;y a pas la vie \u00ab&nbsp;ou&nbsp;\u00bb la mort.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Klima&nbsp;:<\/strong> Si tu avais un lieu \u00e0 pr\u00e9server sur les rivages, lequel ce serait&nbsp;?&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><strong>AP&nbsp;:<\/strong> Mais en fait, il n&rsquo;y a pas de lieu sp\u00e9cifique \u00e0 pr\u00e9server sur les rivages. C&rsquo;est un \u00e9cosyst\u00e8me global qui s&rsquo;appelle la plan\u00e8te. On retrouve cette question par exemple avec la probl\u00e9matique des aires marines prot\u00e9g\u00e9es, mais en fait \u00e7a n&rsquo;a pas de sens, il faut prot\u00e9ger tout l\u2019oc\u00e9an. Il ne peut pas y avoir de choix, tout est important.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Klima&nbsp;:<\/strong> Si tu avais des antennes de langoustines, tu aimerais capter quoi&nbsp;?&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><strong>AP&nbsp;:<\/strong> Mais j&rsquo;ai des antennes de langoustines, ce sont mes micros&nbsp;! \u00c7a veut dire que je me suis augment\u00e9e, plut\u00f4t comme une cyborg, pour aller capter un peu plus de choses. Donc moi, j&rsquo;ai des micros avec des membranes qui vibrent. Je pense \u00ab&nbsp;micro&nbsp;\u00bb la moiti\u00e9 de la journ\u00e9e, pour avoir des membranes qui vibrent le plus finement possible.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Klima&nbsp;:<\/strong> Et si tu \u00e9tais un autre \u00eatre vivant qui peuple notre terre&nbsp;? \u00c7a peut \u00eatre un animal, une plante ou m\u00eame un rocher. Tu serais quoi&nbsp;?&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><strong>AP&nbsp;:<\/strong> <strong>Je suis les baleines, parce qu\u2019elles m&rsquo;apprennent \u00e0 \u00e9couter. Et j&rsquo;esp\u00e8re qu&rsquo;une partie de mon alt\u00e9rit\u00e9 fait partie d&rsquo;une autre esp\u00e8ce. Mais je suis aussi le rocher dont j&rsquo;oublie le nom, qui est en bas du s\u00e9maphore d\u2019\u00c9tel, et qui s&rsquo;\u00e9rode<\/strong> <strong>au fur et \u00e0 mesure que les temp\u00eates augmentent. J&rsquo;en fais partie, il fait partie de ma vie et je fais partie de la sienne, je le raconte \u00e0 d\u2019autres et donc il fait partie de la vie des autres aussi. C\u2019est comme un \u00e9cosyst\u00e8me, moi je ne suis pas toute seule, je suis travers\u00e9e par ce qui m&rsquo;arrive, qui me rencontre, et je le fais rencontrer \u00e0 d\u2019autres.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<div style=\"height:58px\" aria-hidden=\"true\" class=\"wp-block-spacer\"><\/div>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator\"\/>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-group\"><div class=\"wp-block-group__inner-container is-layout-flow wp-block-group-is-layout-flow\">\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"718\" src=\"https:\/\/tatataaaaa.com\/newklima\/wp-content\/uploads\/2022\/08\/\u00a9Be\u0301rangere-Lopez-Oros-1024x718.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-7177\" srcset=\"https:\/\/tatataaaaa.com\/newklima\/wp-content\/uploads\/2022\/08\/\u00a9Be\u0301rangere-Lopez-Oros-1024x718.jpg 1024w, https:\/\/tatataaaaa.com\/newklima\/wp-content\/uploads\/2022\/08\/\u00a9Be\u0301rangere-Lopez-Oros-300x210.jpg 300w, https:\/\/tatataaaaa.com\/newklima\/wp-content\/uploads\/2022\/08\/\u00a9Be\u0301rangere-Lopez-Oros-768x538.jpg 768w, https:\/\/tatataaaaa.com\/newklima\/wp-content\/uploads\/2022\/08\/\u00a9Be\u0301rangere-Lopez-Oros.jpg 1200w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><figcaption><em>@B\u00e9rangere Lopez Oros<\/em><\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p><strong>Pour aller plus loin&nbsp;:<\/strong><\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\"><li><a rel=\"noreferrer noopener\" aria-label=\"Le site d'Aline P\u00e9nitot (s\u2019ouvre dans un nouvel onglet)\" href=\"https:\/\/alinepenitot.com\/\" target=\"_blank\">Le site d&rsquo;Aline P\u00e9nitot<\/a><\/li><li><a rel=\"noreferrer noopener\" aria-label=\"Ses productions radiophoniques pour France Culture (s\u2019ouvre dans un nouvel onglet)\" href=\"https:\/\/www.radiofrance.fr\/personnes\/aline-penitot\" target=\"_blank\">Ses productions radiophoniques pour France Culture<\/a><\/li><li><a rel=\"noreferrer noopener\" aria-label=\"LSD, Le Sentiment Oc\u00e9anique (s\u2019ouvre dans un nouvel onglet)\" href=\"https:\/\/www.radiofrance.fr\/franceculture\/podcasts\/serie-le-sentiment-oceanique\" target=\"_blank\">LSD, Le Sentiment Oc\u00e9anique<\/a><\/li><\/ul>\n<\/div><\/div>\n","protected":false},"featured_media":4086,"template":"","class_list":["post-4085","portrait","type-portrait","status-publish","has-post-thumbnail","hentry"],"yoast_head":"<!-- This site is optimized with the Yoast SEO plugin v24.2 - https:\/\/yoast.com\/wordpress\/plugins\/seo\/ -->\n<title>Aline P\u00e9nitot ~ Atelier Klima<\/title>\n<meta name=\"robots\" content=\"index, follow, max-snippet:-1, max-image-preview:large, max-video-preview:-1\" \/>\n<link rel=\"canonical\" href=\"https:\/\/tatataaaaa.com\/newklima\/portrait\/aline-penitot\/\" \/>\n<meta property=\"og:locale\" content=\"fr_FR\" \/>\n<meta property=\"og:type\" content=\"article\" \/>\n<meta property=\"og:title\" content=\"Aline P\u00e9nitot ~ Atelier Klima\" \/>\n<meta property=\"og:description\" content=\"Nous avons rencontr\u00e9 Aline P\u00e9nitot \u00e0 Belle-\u00eele, un matin du mois d&rsquo;ao\u00fbt. 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